En France, les énergies fossiles représentaient encore environ 56 % de la consommation finale en 2024, contre 27 % pour l’électricité. Ce décalage montre que l’électrification avance, mais que son rythme reste inférieur aux ambitions de décarbonation et de souveraineté énergétique.
Le mouvement varie selon les usages : les véhicules électriques gagnent du terrain, tandis que le chauffage et certains procédés industriels restent largement alimentés par le gaz ou le pétrole. Pour comprendre ce rythme de déploiement, il faut examiner les secteurs concernés, les freins concrets et les projets déjà engagés.
À retenir :
- Une part d’électricité encore limitée dans la consommation finale
- Des écarts marqués entre transports, bâtiments et industrie
- Des projets raccordés, mais des réalisations encore incertaines
- Un réseau essentiel à l’évolution durable des usages
Électrification en France : un rythme encore inégal
Cette part encore modeste de l’électricité masque des situations très différentes selon les secteurs. Selon RTE, le transport reste particulièrement dépendant des combustibles fossiles, qui couvrent près de 90 % de sa consommation énergétique.
Des usages fossiles persistants selon les secteurs
À l’échelle des activités, le retard ne se résume pas aux voitures : le chauffage, l’industrie et l’agriculture restent aussi concernés. Les fossiles représentent 34 % de la consommation énergétique résidentielle, près de la moitié dans l’industrie et 76 % dans l’agriculture.
Le contraste est particulièrement visible dans les bâtiments : ventilation et climatisation sont souvent électrifiées, mais le chauffage dépend encore du gaz ou du fioul. En 2024, ces combustibles fournissaient 47 % de l’énergie du chauffage résidentiel et 68 % de celui des bâtiments tertiaires.
Ce tableau sectoriel aide à repérer où le remplacement des équipements peut produire le plus d’effet. Les pourcentages décrivent des parts de consommation propres à chaque secteur, et ne doivent pas être additionnés entre eux.
Répartition de la dépendance aux énergies fossiles :
- Transports : environ 90 % de la consommation énergétique
- Résidentiel : 34 % de la consommation énergétique
- Industrie : près de la moitié de la consommation finale
- Agriculture : 76 % de la consommation énergétique
Pompes à chaleur : un marché moins dynamique
Dans les bâtiments, les pompes à chaleur peuvent remplacer une chaudière fossile tout en réduisant l’énergie nécessaire au chauffage. Pourtant, après une longue progression, les ventes ont reculé en 2024, avec environ un million d’appareils vendus, puis sont restées stables en 2025.
La baisse de la construction neuve pèse aussi sur les installations : 274 600 logements ont été mis en chantier en 2025, soit 21,3 % de moins que la moyenne des cinq années précédentes. La rénovation du parc existant devient donc déterminante, notamment pour les logements chauffés au fioul ou au gaz.
Secteur
Part fossile indiquée
Enjeu d’électrification
Transports
Près de 90 %
Véhicules routiers et recharge
Résidentiel
34 %
Chauffage et eau chaude
Industrie
Près de la moitié
Procédés thermiques et équipements
Tertiaire
35 %
Chauffage des bâtiments
Agriculture
76 %
Usages thermiques et matériels
Dans les logements, le rythme dépend autant des équipements que des rénovations et des aides disponibles. Sur la route, la mobilité électrique affiche une progression plus nette, même si le parc se renouvelle lentement.
Mobilité électrique : des ventes en hausse, un parc à renouveler
Après le chauffage, les transports constituent un autre levier majeur, car ils concentrent une forte consommation de pétrole et des émissions importantes. Selon les données fournies par RTE, les véhicules particuliers tout électriques ont dépassé 330 000 ventes en 2025, soit une hausse de 12 % sur un an.
Des voitures électriques plus présentes dans les ventes
Cette progression porte leur part à près de 20 % des ventes de voitures particulières neuves, contre 16,8 % en 2024. Le parc tout électrique atteignait 1,5 million de voitures à la fin de 2025, sur un parc automobile léger bien plus vaste.
La consommation électrique de ces véhicules, hybrides rechargeables compris, est estimée à environ 4 TWh en 2025, en hausse de 33 %. Cela reste compatible avec une montée graduelle, puisque le renouvellement annuel du parc automobile représente environ 5 % de son volume.
Indicateurs de mobilité électrique en France :
- Plus de 330 000 voitures particulières tout électriques vendues en 2025
- Près d’une voiture neuve sur cinq entièrement électrique
- Environ 1,5 million de voitures tout électriques en circulation
- Près de 185 500 points de recharge publics recensés
Infrastructures de recharge : accompagner la progression
La hausse des ventes exige des infrastructures de recharge accessibles au domicile, au travail et sur les grands axes. Près de 31 000 bornes publiques ont été installées en 2025, portant le total à environ 185 500, malgré un ralentissement par rapport à la croissance annuelle observée entre 2021 et 2024.
Selon RTE, les objectifs publics supposent une accélération des ventes et des installations, tandis que les véhicules utilitaires, autobus et poids lourds électriques restent minoritaires dans leurs parcs. L’adoption des technologies dépend donc aussi du coût d’achat, des usages quotidiens et de la qualité du réseau de recharge.
Le transport montre qu’une hausse des ventes ne transforme pas immédiatement tout un parc. Dans l’industrie, le défi est différent : concrétiser des projets de grande puissance et adapter les procédés de production.
Industrie et réseau : transformer les projets en usages
Cette évolution des usages dépend désormais de décisions d’investissement, mais aussi des capacités de raccordement électrique. Selon RTE, plus de 170 grands projets industriels et numériques sont en développement, sans que leur réalisation soit garantie.
Des raccordements annoncés, des mises en service incertaines
Au 1er novembre 2025, les projets ayant obtenu un accès au réseau de transport représentaient environ 30 GW de puissance demandée. Ce volume comprend notamment 14 GW de centres de données, 9,5 GW d’unités d’hydrogène et 6,5 GW de projets industriels.
Ces demandes ne valent pas mise en service : elles ne garantissent ni le financement, ni le calendrier, ni le niveau final de consommation. Environ la moitié des projets visait une réalisation entre 2025 et 2029, ce qui rend leur suivi essentiel pour planifier les besoins électriques.
Repères pour suivre les projets industriels :
- Puissance demandée au réseau, distincte de l’énergie consommée
- Échéance annoncée et avancement réel des travaux
- Procédé fossile remplacé par une solution électrique
- Capacité du réseau à accueillir les nouveaux besoins
Procédés électriques : des réalisations déjà engagées
Quelques opérations montrent comment l’électrification peut s’inscrire dans des sites industriels existants. À Gardanne, une chaudière électrique de 8 MW remplace un équipement au gaz pour la production d’alumines, tandis qu’un four électrique de 20 MW est prévu dans le projet Vulcain, en métallurgie.
Le projet Normand’Hy, raccordé au réseau à l’automne 2025, doit produire de l’hydrogène bas-carbone par électrolyse, avec une mise en service opérationnelle prévue en 2026. Ces exemples illustrent un potentiel concret, mais aussi la nécessité de financer les équipements et de renforcer les infrastructures adaptées.
Projet ou activité
Solution électrique
État ou échéance citée
Normand’Hy, Port-Jérôme-sur-Seine
Électrolyse pour hydrogène bas-carbone
Raccordé en 2025, démarrage prévu en 2026
Alteo, Gardanne
Chaudière électrique de 8 MW
Remplacement d’une chaudière au gaz
Saint-Gobain PAM, projet Vulcain
Four électrique de 20 MW
Remplacement d’un four à charbon
WEPA Greenfield, Château-Thierry
Pompe à chaleur industrielle haute température
Démonstrateur du projet TransPAC
Le rythme observé dépend donc moins d’une technologie unique que de la coordination entre investissements, rénovation et réseau. La transition énergétique se mesure dans les équipements réellement installés, et non dans les seules puissances demandées.
Source : RTE, Bilan électrique 2025 ; SDES, « Chiffres clés de l’énergie », janvier 2026.